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Barcelone: voyage vu par un coopérateur

Je m’appelle Régis Courouble. Je suis coopérateur de FitMyNest depuis les débuts de la coopérative.

Mon métier et mon historique de vie de manière générale ne m’ont pas vraiment initié de manière spontanée à l’univers des sociétés coopératives, ni à l’habitat groupé au sens large. J’ai toutefois été immédiatement séduit par ce projet dès que j’ai pu enfin en comprendre le sens général, dès le début de l’année 2018. Y voyant à la fois un concept novateur, éthique et social, j’ai immédiatement décidé d’en devenir un investisseur précoce. Puis, devant le vaste champ de possibilités que promettait ce concept, j’ai aussi décidé d’en devenir coopérateur afin d’y insérer un nouveau projet de vie. J’ai ainsi décidé de rejoindre la communauté FitMyNest Nivelles afin de participer activement à sa constitution.

Assez ignare en termes de sociétés coopératives, j’ai décidé de sortir de ma zone de confort en accompagnant Marina lors du voyage d’étude à Barcelone organisé par PlatformCoop Brussels. Cet article est donc mon carnet de voyage, mon petit récit initiatique dans cet univers coopératif si particulier. Quelques mots d’un novice, en quelque sorte.

12/3 : Arrivée à Barcelone

N’étant pas repris dans les représentants officiels de sociétés coopératives invitées à l’événement (j’ai financé le voyage sur fonds propre), ayant dû rejoindre la capitale catalane en solitaire, et ne connaissant personne au sein de l’organisation ni des invités qui arrivaient en même temps que moi, je me suis bien sûr demandé comment j’allais pouvoir trouver mes repères en attendant l’arrivée de Marina prévue 6h plus tard. Mais ce fut finalement très simple : dès la sortie de l’avion, j’ai identifié les premiers arrivants qui m’ont immédiatement intégré.

Bien entendu, les conversations allaient déjà bon train ; les participants se connaissaient déjà et avaient beaucoup d’informations à s’échanger. N’étant pas entrepreneur, et n’étant pas directement actif dans les sociétés coopératives, il me fallait d’abord un peu de familiarisation avec les sujets et les concepts évoqués. Je compris cependant très vite que cette occasion donnée à des entrepreneurs coopératifs belges de se réunir pour un événement à l’étranger serait au moins en partie une formidable expérience humaine, et avait de grandes chances de créer une sorte d’esprit d’équipe improvisée qui aurait des répercussions positives sur toutes les entités représentées. J’ai pu immédiatement constater que la bonne humeur et la bienveillance règneraient durant tout le séjour.

Cette journée d’arrivée des participants n’ayant pas d’agenda, et comme je disposais de quelques heures devant moi, je fis un petit concentré de visite touristique. J’eu enfin l’occasion de contempler la Sagrada Familia « en vrai ». Rien que pour cela, cela valait le déplacement.

13/3 : Visites groupées et rencontres locales

Coopolis

Coopolis est une pépinière d’initiatives à visée collaborative. Située dans d’anciens bâtiments ayant abrité des industries textiles, ces lieux ont été réaffectés à diverses activités. On y trouve un bar, une bibliothèque, un auditorium, des espaces de travail, du co-working, etc.

Barcelone étant devenu un endroit extrêmement cher sur le plan de l’immobilier, Coopolis s’occupe de promotion de l’économie sociale en général, et prépare le terrain propice à la création de projets coopératifs. Elle vise à aider la création de coopératives de manière générale, mais aussi à celle de projets éducatifs ou professionnels. La ligne de conduite générale vise à favoriser les conditions permettant la lutte contre la précarité via des projets coopératifs.

Les bâtiments en eux-mêmes sont la propriété des autorités publiques locales, Coopolis se voit juste confier la gestion et l’organisation des espaces mis à disposition. A terme, on vise également à la location des locaux pour d’autres projets extérieurs.

Cette friche industrielle réhabilitée donne un sentiment de bien-être assez étonnant. Pensées au départ comme des constructions fonctionnelles, ces constructions en brique maintenant envahies par le lierre et enrichies de fresques peintes à la bombe ou de panneaux esquissant quelques traits d’humour en catalan donnent une impression de convivialité et d’espoir. On sent que quelque chose renaît. C’est un climat vraiment propre à faire germer des initiatives de grande qualité.

Dans cet ensemble de bâtiments sont abritées plusieurs entreprises coopératives. Nous avons visité « La Fusteria Col-lectiva ». Il s’agit d’un atelier de menuiserie pour lequel le loyer est payé en mettant les locaux à disposition du public deux jours par semaine pour que les particuliers puissent venir eux-mêmes effectuer de menus travaux de menuiserie, découpe de bois, etc. C’est cette mise à disposition qui constitue la part coopérative de l’entreprise, qui travaille également en collaboration avec des ateliers d’architecture partenaires de Coopolis.

« Descontrol / Impremta Collectiva» est également abrité dans les lieux. Il s’agit d’un atelier coopératif d’imprimerie et d’édition, avec un fonctionnement très proche de celui de l’atelier de menuiserie précédent. Ils s’occupent de projets socio-économiques généraux, effectuant beaucoup de travaux d’impressions liés au secteur culturel, mais tous les types de projets d’impression peuvent y être réalisés.

A quelques centaines de mètres de là, nous avons pu effectuer une brève visite de « La Borda ». Il s’agit d’un vrai projet concret d’habitat coopératif. Il s’agit d’un bâtiment sur plusieurs étages contenant des habitations, mélangées avec des espaces communautaires. Au rez de chaussée est en train de s’établir un projet de commerce coopératif nommé «Food Coop Project», qui est alors en train d’acquérir les autorisations des pouvoirs publics pour être officiellement lancée. Les finalités et l’organisation de « La Borda » étant visiblement assez proches de celles de FitMyNest, il semble évident que des contacts doivent être établis entre nos deux entités et qu’une visite pourrait se révéler extrêmement intéressante pour les membres de notre communauté. Il nous a été également confirmé qu’il existait nombre d’initiatives analogues dans d’autres endroits de la Catalogne en termes d’habitat groupé.

Nous avons ensuite mis le cap sur notre destination suivante.

La Fabrica del Sol

Il s’agit d’une initiative d’éducation à l’environnement, spécialisée dans la durabilité. Située dans les locaux d’une ancienne fabrique de gaz urbain (au départ destinée à alimenter l’éclairage public), « La Fabrica del Sol » est d’abord un « Ateneus » géré par les pouvoirs publics. Il en existe 5 du genre dans Barcelone. On y fait la promotion de la prise de conscience de la durabilité par l’eco-design, de programmes pédagogiques, d’activités familiales liées au recyclage et à la réparation d’appareils communs dans une optique générale d’éducation continue à la durabilité. Il s’agit d’une initiative d’innovation sociale et d’apprentissage à la réparation d’objets technologiques, ainsi qu’à l’apprentissage des métiers. Des appareils sont mis à disposition du public gratuitement (une samedi par mois), telles que des imprimantes 3D ou des machines de découpe du bois au laser. Les visiteurs viennent apprendre les technologies avant de venir ensuite les enseigner à d’autres personnes. On note cependant une absence de mesure de l’impact social de ces initiatives.

Quelques exemples de réalisations :

  • Récupération de vêtements usagés pour un faire de impressions sur tissu
  • Pyrogravure
  • Modélisation d’objets divers via découpe laser ou impression 3D
  • Récupération de matériaux recyclables comme le carton ou le bois pour en faire de nouveaux objets (via découpe laser ou refaçonnage)
  • Récupération d’objets par injection de plastiques dans un canevas (extrusion)

XES

Après une pause repas assez longue, nous avons pris la direction du « XES » (prononcez « Chès » pour l’accent local), acronyme pour « Xarxa d'Economia Solidària » où nous avions rendez-vous pour une première réunion d’échange entre les représentants de sociétés coopératives belges et catalanes.

XES c’est un « réseau d’économie solidaire », un organisme s’occupant de la promotion des réseaux associatifs solidaires en Catalogne, et coordonnant les activités de 25 réseaux locaux sur le territoire de Catalogne (donc pas uniquement de Barcelone). Certains de ces réseaux sont actifs depuis plus de 10 ans, là où d’autres viennent juste d’être créés. On y traite d’économie sociale, d’économie féministe, formation, durabilité et écologie (impacts écologiques sur l’économie).

C’est à partir de ce moment que mon peu de connaissances dans les différentes matières concernées s’est fait sentir. Les représentants catalans semblaient vraiment avides que l’on puisse leur fournir une liste d’outils (notamment IT) utilisés par les différentes sociétés belges représentées autour de la table, pendant qu’ils nous présentaient leurs propres ressources en la matière.

L’une des choses que j’ai pu constater c’est qu’il semble globalement y avoir des interprétations assez différentes des termes « économie solidaire » et « économie sociale ». Il est difficile de déterminer si cela était dû à la barrière de la langue (l’anglais étant utilisé comme intermédiaire entre le français et le catalan), ou si la vision économique de base était vue de manière assez différente entre les différentes parties. Mon manque de connaissances était flagrant quand j’entendais parler de « PamPam » et de « Social Balance » ; cela me faisait bien mesurer que j’aurais sans doute besoin de pratiquer beaucoup plus que ce que je connaissais jusque-là.

Cependant, cette rencontre me fut tout de même profitable. Mon métier de base étant l’informatique au service des entreprises privées, les discussions orientées sur les outils informatiques open source utilisés pour venir en aide aux entreprises collaboratives me firent réaliser qu’il existait dans mon propre domaine des outils et des solutions éloignées de mon domaine de prédilection mais permettaient de répondre aux besoins de l’économie éthique et collaborative. C’est un monde tout nouveau qui venait de s’entrouvrir devant moi et qui me permit de me dire que je pouvais aussi investir mes propres acquis et compétences pour apporter ma propre contribution à FitMyNest.

Bien que plutôt perdu dans une partie du contenu spécifique à ces discussions, j’en sortis malgré tout avec le sentiment d’y avoir appris des choses, d’entrevoir des perspectives vraiment intéressantes, et de me sentir à mon humble niveau devenir peu à peu un petit maillon dans ce monde jusque-là inconnu de moi.

La journée se clôtura par un repas au restaurant où se retrouvèrent les organisateurs de Smart Brussels & Barcelone, plusieurs intervenants locaux, et les membres de la délégation belge. Il y eut énormément de discussion au niveau du football, car Barcelone abritait le même soir un match de qualification pour la Champions League qui vit les locaux infliger une très cuisante défaite 5-1 à l’Olympique Lyonnais.

 

14/3 : Sessions de travail communes

Pendant la matinée du deuxième jour s’est tenue une session de travail assez longue à laquelle assistèrent la délégation belges, les organisateurs de Smart Brussels et Barcelone, des représentants d’entreprises coopératives catalanes ainsi que des représentants des pouvoir publics locaux.

 

Au-delà d’une présentation générale des modèles économiques coopératifs, la session permit de déterminer un niveau de maturité comparé entre les différentes sociétés représentées en termes de gouvernance, économie, technologie, gestion des données, responsabilité sociale et impact social.

Les discussions ont permis de constater qu’il existait des divergences d’opinions entre les intervenants locaux et les entrepreneurs belges. Selon mon niveau limité de compétences il m’est assez difficile de vous livrer beaucoup de détail sur le sujet, mais la définition même d’économie sociale semblait diviser les participants ; les représentants locaux semblaient à première vue impliquer la subsidiation de toute initiative économique sociale par les pouvoir locaux, qui semblait diverger avec plusieurs participants belges. Les débats furent parfois relativement vifs, tout en restant totalement cordiaux.

En ce qui me concerne, et dans la ligne de la réunion au XES de la veille, j’ai appréhendé cette somme d’information par les domaines qui m’étaient le plus familier, en l’occurrence les outils technologiques et informatiques cités dans les débats. Une fois encore, j’appris beaucoup plus en quelques heures sur le monde de l’open source qu’en plusieurs années de rapports extrêmement lointains.

Après une pause de quelques heures qui nous permis de faire une petite balade en direction du littoral, en bons belges, nous avons mis les pieds dans la Méditerranée.

En conclusion

Après un débriefing dans les locaux de Smart Barcelone vint le temps du voyage de retour, en conclusion d’un séjour intense et très riche en apprentissage de tout ordre. Bien que peu initié dans toutes ces initiatives économiques, j’en retiens une impression de « team building » qui a permis de créer un esprit de groupe au sein d’une délégation belge hétéroclite, mais partageant un espoir formidable d’un modèle économique différent, éloigné des stéréotypes prônés depuis des décennies, et qui semble aussi nécessaire que salvateur pour que puisse se développer une société plus juste, plus équitable, dans laquelle chaque personne pourra réellement apporter sa contribution et en retirer un bien-être objectif.

0 Responses

  1. […] [EDIT] A lire: ce voyage d'étude vu par un coopérateur de FitMyNest […]

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